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samedi 15 février 2025

Candle, Beginning blue EP CD (1992)

Restons en 1992. Candle est le groupe qui a précédé Carmine que l'on peut écouter sur Haar brut avec deux 45t : A larger sea (1994) et le split avec Hood. Il s'agit du même duo, Julien Retaillaud et Isabelle Andrès mais histoire de marquer leur départ brutal du label Lithium alors qu'ils venaient d'enregistrer leur album (Visual), le groupe décidera de changer le nom Candle pour Carmine et de créer leur propre structure, Karina Square.

Beginning blue sera donc leur seul disque sur le label nantais de Vincent Chauvier. Candle avaient  également été contacté par Alan Gac de Rosebud au même moment que Lithium mais ils choisirent ce dernier qu'ils estimaient plus en phase avec leur musique. Le groupe passa 5 jours dans un studio 24-pistes (le Studio Madeleine) pour enregistrer cet EP avec la liberté de choisir leurs morceaux. Les problèmes avec Lithium commencèrent peut-être avec la pochette choisie par le label qui déplut au groupe ainsi que la promotion du disque. Une nouvelle orientation musicale, des désaccords sur l'album à venir et vraisemblablement aussi des égos peu conciliants de chaque côté aura eu raison de cette collaboration éphémère mais réussie avec ce brillant EP. 

Beginning blue est donc la seule trace de Candle sur Lithium mais quelle belle rareté. Difficile d'exister lorsqu'on est un groupe français évoluant dans le shoegaze (même s'ils s'en défendaient à en lire les interviews), car il s'agissait du terrain de chasse des groupes anglais principalement. Pourtant le New Musical Express (NME) leur accordera une bonne chronique dans leur rubrique consacrée aux Singles. Arnaud Viviant lui les descendra sur France Inter lorsque Bernard Lenoir diffusera le pourtant phénoménal No eyes qui ouvre le disque. Il met plusieurs secondes à émerger mais lorsque le son parvient enfin dans les enceintes, c'est pour décoller directement vers la stratosphère. Un vrai morceau d'anthologie. Il fallait vraiment être blasé ou avoir les esgourdes pleines de cire pour ne pas l'apprécier à sa juste valeur et se fondre dans son atmosphère sonique et vaporeuse. Le disque sera bien accueilli par ailleurs, dans les zines Charivari, Hyacinth ou Ritual par exemple. 
Les autres titres de l'EP suivent le même chemin noisy, avec des structures moins fluides et des guitares un peu torturées (Beginning blue notamment), ambiance planante et voix en apesanteur sur Burning blind et un final épatant qui remet du rythme et tout le monde en... Harmony. Julien et Isabelle jouent tous les instruments avec un talent indéniable. J'aime beaucoup le jeu de batterie qui permet à l'EP de rester les pieds sur terre. 
La version uncut de l'EP est dispo sur la page bandcamp de Candle/Carmine, ainsi qu'un enregistrement en concert à Orsay en 1992. 

Sources : le blog de Karina Square et l'ouvrage indispensable Les années Lithium (Langue pendue n°11) de Renaud Sachet. 

vrai qu'on a vu mieux qu'une espèce d'algue sur une pochette de chez Lithium... 



Chari Vari ! n°1 (janvier 1993)
Ritual n°17 (juillet/août 1992)


lundi 27 mai 2024

The EP, Should we start now ? 2x7" (1997)

Il me faut commencer par avouer que je pensais n'avoir sous la main que cette petite chronique du double 7" de The EP, repérée dans le n°11 de Langue Pendue, Les Années Lithium, de Renaud Sachet. Donc j'ai un peu cherché en ligne et je suis parvenu à retrouver Gsejd Landscape. Il a même sa page bandcamp avec des inédits de The EP et d'autres productions à eux ainsi qu'un site. Je lui ai envoyé un petit message pour avoir des infos sur le groupe et quelques jours plus tard, Gsejd me répond hyper gentiment et m'écrit qu'il a carrément fait une interview dans le fameux Langue Pendue en question... Je l'ai lue lorsque j'ai acheté le mag mais je l'avais complètement zappée d'autant qu'elle est annoncée comme celle de Frédéric Junqua le patronyme de Gsejd. Donc je l'ai distraitement ratée en feuilletant l'ouvrage à la va-vite pour retrouver la petite chronique dont je parlais plus haut... Au temps pour moi.
 
The EP (à l'origine une petite transgression de pré-ados pour Ejaculation Précoce mais qui est tout de suite devenu The EP) a été créé par Fred alias Gsejd Landscape et un cousin de Toulouse Paul Huart aka Mud avec qui il a commencé à jouer et monter le groupe depuis leurs 11-12 ans. Vers la fin des années 80, ils ont finalement intégré les deux frères de Fred, Laurent (Lawrence Calf) et Mathieu (Eric Sunshine) vers la fin des années 1980, parce qu’ils étaient définitivement plus créatifs et talentueux que les gens avec lesquels Fred et Paul avaient joué jusque là.
The EP sont donc un groupe familial, aux trois-quarts de Barbazan-Debat un petit bled à côté de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, et un quart Toulouse pour Paul.
Les influences du groupe viennent en majorité de la pop anglo-saxonne et l'écoute de ce double 45t ne laisse aucun doute. Il laisse des regrets par contre car les morceaux noisy pop sont vraiment excellents et un album devait leur donner une suite, toujours chez Lithium, mais finalement Vincent Chauvier le boss du label en décidera autrement. Peut-être déçu par le côté dilettante du groupe pas du tout enclin à "mourir pour sa musique" comme tente de l'expliquer Fred dans l'entretien, et qui ne fit que 10 concerts maximum au cours de son existence. 
Ces 4 morceaux sont issus de leur démo repérée par Lithium, avec une session de mixage au Lutecia Garden studio chez Jean-François Marvaud (ex-Meek, et qui avait aussi enregistré Clair) lequel a transféré le tout sur DAT, sans réenregistrement. Les pistes ont ensuite été masterisées par Alex Gopher pour sortir ce disque. 
JD Beauvallet les adoubera même dans une petite chronique des Inrocks, été 97. 

Sans suite chez Lithium, le groupe s'est alors mué en Le Père de Trois Tigres, puis en Superweekend au début des années 2000, et en diverses entités depuis. Vous pourrez vous faire une idée du talent indéniable des gars sur leur page bandcamp
Bonne écoute !



pochette ouvrante




la chronique de Renaud Sachet dans le Langue Pendue n°11


mercredi 12 octobre 2022

Lucievacarme, Metalvox EP (1991)

Michel Cloud et David Amsellem se rencontrent en 1ère année de lycée à Toulouse. Imprégnés tous deux de l'éthique punk/DIY et de la scène noisy pop écossaise, surtout The Jesus & Mary Chain*, ils commencent à jouer ensemble. Patrice Bellanti (basse, choeurs) et Valéry Lorenzo (batterie), des amis communs, se joignent à eux et ils créent le groupe Les Sales Gosses. Ils produisent une maquette enregistrée en 4 pistes qui est chroniquée dans des fanzines et cette K7 parvient à Vincent Chauvier à Nantes qui a en tête de monter son propre label, Lithium. Séduit par leur son, le Nantais descend les voir à Toulouse et leur propose de sortir un EP. Il leur suggère de changer de nom et c'est Lucievacarme (ou Lucie Vacarme c'est selon) qui l'emporte.

Cet EP, qui est la deuxième sortie du label, consacre l'un des premiers groupes français de la vague noisy qui déferle dans le pays à chanter dans sa langue maternelle. Férus de littérature et de poésie le groupe arrive à poser naturellement le français sur les musiques d'influence anglo-saxonne. David (voix, guitare) et Michel (guitare) proposent généralement les mélodies et les textes et chacun des quatre apporte sa partie en répétition en expérimentant à partir des rythmes ou des guitares*. 

Le résultat est assez prodigieux sur cet EP, même si avec la voix mixée très en retrait on peine à comprendre les paroles et réaliser que le chant est dans la langue de Molière. C'est un choix délibéré de production à l'anglo-saxonne qui traite la voix comme un instrument*. A noter une super reprise de Dinosaur Jr, Freak scene. Un album suivra rapidement, Milky Way, que je posterai certainement plus tard. Et puis Michel Cloud s'en ira créer Peter Parker Experience.

*Sources: le site de Michel Cloud et le magnifique ouvrage désormais épuisé de Renaud Sachet "Les années Lithium" sorti cette année par Langue Pendue que j'ai acheté à Renaud cet été. (et que je viens d'achever de lire aujourd'hui, c'est du direct ;-)

pochette du batteur / photographe Valery Lorenzo, afin d'illustrer le contraste mélodie/bruit*
collages, pastels à l'huile: les moyens du bord (pas de Photoshop en 91)



"Les années Lithium", mon exemplaire de Langue pendue n°11 (sold out)

vendredi 5 juin 2026

Perio, Shine ep 7" (1995)

Eric Deleporte et Sarah Froning se sont rencontrés un soir de novembre 1990 dans une rue de Nantes. Sarah débarquait des USA avec une amie dans l'idée de s'immerger dans la langue française qu'elle avait étudiée au lycée et à l'université et aussi en quête d'aventures et de rencontres. Eric était de sortie avec son ami Dominique A. Leurs atomes s'accrochèrent et pendant cette période commune, le couple fonda donc Perio dont j'ai présenté la première année du blog le second single club sorti chez Lithium, Lopsided en 1997 et le dernier album d'Eric récemment, The sharp bones of my sleep, toujours sous l'alias Perio. 

Ce premier EP a été enregistré lors de la même session que Lopsided et constitua leur premier 45t, Shine ep. Deux très beaux titres originaux et une reprise de Liz Phair de qui j'avais adoré l'album Whip-smart en 1994. Le morceau titre de ce sept pouces figure en version acoustique sur le premier album de Perio Icy morning in Paris dont je parlerai une autre fois. Petits craquements à prévoir mais c'est ce qui fait vivre un disque vinyle.
L'EP a été enregistré au fameux Lutecia Gardening Studio de Jean-François Marvaud. Les deux morceaux sont écrits et chantés principalement par Sarah, Eric ajoutant sa voix et ses guitares. Sans oublier Christian "Ta luv' Q" Quermalet (de SwamJulianSwam) à la basse, Benjamin "Ben" Boguet (guitare, guitare wah), et le Max à la batterie ! 


l'intérieur déplié




Extraits des entretiens dans Langue Pendue n°11, Les années Lithium


vendredi 25 novembre 2022

Tuscaloosa, On a wire 2x 7" (1997)

Double 45t carrément. Les débuts de Tuscaloosa, trio de l'Est de la France entre Longwy et Nancy se font chez Lithium, dans le Single Club du label, en 1997 suite à la rencontre fortuite entre Franck Dupont et Vincent Chauvier. Quatre magnifiques morceaux qui hésitent entre partir en vrille et rester sages, sous électricité. Le groupe a pour géniteur Garbage Collector (disque repressé cette année que je me suis empressé d'acheter, je vous conseille d'en faire autant !), qui est un monument génial de rage noisy et on sent cette fureur contenue, dans le premier volet de cet EP. Le deuxième a ma préférence toutefois, deux titres superbes, un peu mélancoliques. Tuscaloosa refera surface en... 2015 avec un album incontournable Comme une guerre froide dispo sur leur page bandcamp. Je le passerai sûrement un de ces jours. Le trio est composé du Nancéen Vincent Colonna (guitares) et des deux Longoviciens David Soro (batterie, percussions) et Franck Dupont (voix, basse). 

Franck, l'instigateur de Garbage Collector et de Tuscaloosa s'est fendu d'une belle lettre en réponse à Renaud Sachet pour le numéro 11 de Langue pendue consacré aux Années Lithium, et il raconte tout. Je vous invite à choper ce numéro coûte que coûte.

superbe pochette: la Tour des Coopérateurs à Nancy




La lettre

vendredi 28 juin 2024

Rodeo, S/T 7" (1995)

Rodeo est un duo constitué d'Alexandre Houdent et Jean-François Marvaud. Ils se sont rencontrés à l'école et partagent les mêmes goûts pour le rock américain. J'ai déjà évoqué le dernier nommé qui fut guitariste de Meek, mais il a également fondé le studio Lutecia Garden avec l'ingénieur du son Damien Bertrand, en transformant la cave de la maison de ses parents à Clamart. C'est là que passeront plusieurs groupes pop de leur sphère à eux (Meek, Superdrug...) et des groupes du label Lithium Records puisqu'Alexandre, alors étudiant à Nantes y fait la rencontre de Vincent Chauvier le boss de Lithium qui se montre tout de suite intéressé par l'idée de passer par ce studio. Les deux gars enregistrent de manière plus spontanée et dans une logique d'amateurs ce qui rend bien mieux que les enregistrements instru par instru que pratiquent les pros. 
Rodeo sort donc naturellement cet EP 4 titres chez le label nantais et ce sera la seule trace que laissera le groupe. Les deux faces commencent chacune par un morceau qui me fait penser au Velvet (Candy n'a sûrement pas été choisi par hasard, et le second titre évoque carrément New-York) et s'achève par un style plus proche de Pavement How come I can't get rid of you, et les Pixies au ralenti sur la B avec Nobody can change me
Ce n'est que mon avis et j'avoue que je ne passe pas ce disque très souvent, étant moi-même plutôt typé british que ricain. Mais comme cette pochette est actuellement encadrée au mur au-dessus de la platine je ne me suis pas trop retourné le cerveau pour chercher quoi passer aujourd'hui : le choix était juste devant moi et s'est imposé naturellement. Ce disque pourrait plaire à certains. 



pochette ouvrante



jeudi 9 mars 2023

Lucievacarme, Audioscope EP 7" (1993)

On continue dans la noisy pop avec une nouvelle petite rareté au compteur et non des moindres: le premier 45t du label toulousain Disco 2000, Audioscope de Lucievacarme.

A l'origine du disque un coup de fil de Stéphane Letreguilly, qui vient de monter son label, à David Amsellem la voix de Lucievacarme. Il propose au groupe d'enregistrer un EP en vinyle : banco. En résulte un super titre décapant et bien noisy, longiligne et fluide Détourne les yeux, le délicat Heures en suspens, un deuxième morceau énergique mais plus tortueux à la Sonic Youth, Irrésolue, et comme toujours avec les "New-Yorkais de Toulouse" un titre plus expérimental et barré comme le titre le laisse présager Dyin for yr blues rencontre le tournesol. Contrairement aux deux premières productions la voix n'est plus autant sous-mixée, un choix de David*. 

Le 45t sera bien accueilli par la presse et même défendu par Arnaud Viviant sur France Inter mais ce disque sera le dernier de Lucievacarme. Michel Cloup part vers d'autres cieux (Diabologum) et Valéry Lorenzo veut se consacrer à la photographie. Une série de concerts suivra pourtant avec un nouveau batteur, Gaël, et un nouveau guitariste, Michael, David restant le seul membre d'origine d'un groupe devenu un peu l'ombre de lui-même obligatoirement. David voulait emporter le groupe jusqu'au point de non-retour*. Le dernier gig aura lieu à Tours au Bateau Ivre fin 1994**. David décide de se consacrer à son projet solo sous l'alias David Keaton. Fin de l'épopée Lucievacarme mais l'essentiel est fait: leurs disques tournent toujours aujourd'hui. 

*Source : L'entretien avec David Amsellem dans l'indispensable ouvrage désormais épuisé de Renaud Sachet "Les années Lithium" (2022) chez Langue Pendue.

**  concert auquel pourrait avoir assisté notre ami lecteur commentateur pascal arcade, si j'interprète correctement ses propos.

le blues du tournesol à l'agonie 
"c'est ça la danse des mains, fais comme ci fais comme ça..." 



samedi 26 août 2023

Carmine, A larger sea EP 7" (1994)

Groupe issu de Candle qui avait sorti un cd 4t de shoegaze explosif chez Lithium. Une fois la fin de Candle consommée, Carmine voit le jour. Julien Retaillaud et Isabelle Andrès qui ont été rejoints par le batteur Nicolas Gaultier et le bassiste Eric Jumbert, ont mis de côté pour de bon la noisy pop pour une musique plus intime et plus expérimentale. Ils créent aussi leur label Karina Square et un premier album Visual en 1993.
J'ai lu dans le blog de Carmine que cette zik est qualifiée de post-rock ce qui ne veut pas dire grand-chose à mon avis, si ce n'est qu'elle n'est pas facile à classer si vos étagères sont rangées par style de musique*. 
Timothey Toonay dans le magazine Magic! #1 écrit à propos de ce 45t: 
"Depuis son fort bel album, Carmine était fort discret. Aujourd'hui, ils reviennent par une porte dérobée le temps d'un single enregistré en collaboration avec le mini-label espagnol Acuarela. Trois titres mystérieux et aériens, minimalistes et passionnants. A larger sea, chanté par Julien et Isabelle en dialogue de sourds, est une fausse comptine où une flûte berce tranquillement l'auditeur avant le reveil en sursaut d'un final apocalyptique. Non, ne discute pas... allie fausse candeur et intelligence alors que Today is a wide place surprend par l'emploi d'un xylophone, oppresse puis charme.
Jamais très loin de Pram, Carmine confirme ici son ingéniosité et prouve, une fois encore, que l'on peut allier expérimentation et mélodie."


Perso, l'expérimentation a ses limites et une heure de Carmine (c'est la durée du premier album) frise l'indigestion. Par contre, trois titres aussi merveilleux que ceux d'A larger sea c'est un régal. Le morceau titre est une vraie beauté drapée de soie, hypnotique et apaisant. Un bel ami que je présente régulièrement à des potes qui l'accueillent toujours à bras ouverts. Eric et Nicolas ont quitté le groupe et c'est Théo Jarrier qui assure la batterie et les percussions sur cet EP puis sur le reste de leur discographie. 
Rendez-vous chez Carmine car leur page regorge de son, de Candle aux dernières productions en tirage ultra confidentiel de Julien Retaillaud. (PS: Carmine a splitté en 1998).

* mes cds sont classés par couleur et ordre alphabétique au sein des couleurs. C'est très joli mais pas toujours facile de s'y retrouver avec les yeux vitreux et l'haleine fétide... (exemple, ça fait 5 jours que je cherche le Thompson Rollets et que je ne l'ai toujours pas trouvé...)



pochette ouvrante

insert